Etienne Decroux

decroux webEtienne DECROUX
Né à Paris en 1898 et mort à Boulogne-Billancourt en 1991.

Avant de devenir acteur et le « maître » du mime corporel dramatique, il a été peintre, plombier, maçon, couvreur, boucher, terrassier, docker, réparateur de wagons, laveur de vaisselle et infirmier. C’était un prolétaire anarchiste et fils d’anarchiste (son père l’incitait à de prolongées discussions sur le juste et l’injuste), philosophe, pédagogue, théoricien et grammairien de l’art du mouvement qu’il nomma le mime corporel dramatique.

Il entre à l’école de théâtre du Vieux-Colombier de Jacques Copeau dès 1924 pour y apprendre la diction. Là, il travaillera sous la direction de metteurs en scène comme Charles Dullin, Gaston Baty, Marcel Herrand, Jacques Copeau, Louis Jouvet et Antonin Artaud. Au cinéma il joue, entre autres, sous la direction de Pierre Prévert, Henry-Georges Clouzot et Marcel Carné. C’est dans le premier théâtre de Charles Dullin qu’Etienne Decroux et Jean Louis Barrault élaborèrent des exercices corporels qu’ils appelèrent « mime corporel » inspirés de ceux exécutés à l’école du Vieux-Colombier et qui avaient fasciné Decroux : « l’une des études de cette école consistait à jouer sans paroles, le visage couvert, le corps presque nu (…) »
A partir de 1944/45, il se consacrera définitivement à l’art du mouvement et créa sa propre technique en élaborant une grammaire et un vocabulaire corporels qui demeurent une référence dans l’art du mime.
C’est en « collaboration indémêlable » avec l’acteur J.L Barrault qu’il va progressivement édifier les premiers pas de cette technique nouvelle. Decroux ouvre son école en 1941 dans la cave de sa maison de Boulogne-Billancourt.

Decroux« Pour transformer les choses, l’homme les touche.
Si sa main ne le peut, il touche avec l’outil ; qu’il touche.
[…] J’aurais voulu être sculpteur.
L’esprit ne vaut que filtré par la pierre.
[…] J’aurais voulu être poète.
La poésie rythmée est celle que je préfère, car il me semble alors que pour gagner ce rythme, on a sculpté le verbe.
Je désire que l’acteur acceptant l’artifice, sculpte l’air et fasse sentir où le vers se commence et où il se finit.
J’étais fait pour aimer le mime.
Le corps est un gant dont le doigt serait la pensée.
[…] Notre pensée pousse nos gestes ainsi qu’un pouce de statuaire pousse des formes; et notre corps, sculpté de l’intérieur s’étend. Notre pensée, entre son pouce et son index, nous pince le revers de notre enveloppe et notre corps, sculpté de l’intérieur, se plie.
Le mime est à la fois statuaire et statue.
Donc, son témoin se lève pour retoucher le monde. »

Sa première représentation publique sera « La Vie Primitive » créée avec sa femme en 1931. Plusieurs autres pièces privées ou publiques suivront. Elles seront d’abord jouées dans sa salle à manger devant des audiences allant de une à dix personnes puis  dans différents théâtres. Ses pièces du répertoire les plus connues sont : la Lavandière, le Menuisier, le Passage des Hommes sur la Terre, le Combat Antique, l’Usine, l’Esprit Malin, les Arbres et la Méditation. Des représentations sont données en France et en Europe. A partir de 1959, Decroux effectue une longue tournée de conférences-démonstrations aux USA et donne à New-York, au Kauffman Concert Hall, au Cricket Hall, et au Carnegie Hall, une série de spectacles. Il enseignera également le mime corporel à l’Actors Studio.

 Ce travail de plateau est accompagné les premières années, d’observations sur les mouvements corporels élémentaires dans le sport, la danse, les arts du cirque, et d’études sur la statuaire et l’architecture, la poésie et les choeurs parlés. A partir de 1940, il y puisera les meilleurs principes d’un enseignement qu’il assurera désormais de façon à peu près constante à Paris, avec des prolongements en Europe, en Israël et decroux pipeaux USA. L’école constituera, en fait, pour lui, par rapport aux représentations publiques, le cadre de son expérimentation la plus avancée – en vue d’atteindre à cette « sculpture mobile » résolument non figurative – aboutissement véritable de ses efforts.

« Avant d’être complet l’art doit être.
[…] Donner idée du mouvement par l’attitude, de l’attitude par le mouvement, du concret par l’abstrait et de l’abstrait par le concret :
Voilà qui est amusant.
Dès qu’on a frappé sur un point du gong, tout le gong résonne; quel que soit ce point.
Avant d’être ceci ou cela, il faut être.
Avant d’être complet, un art doit exister.
Notre mime qui tente d’évoquer par l’exclusif mouvement la vie mentale sera, s’il y parvient, un art complet.
[…] Je me résume : pour que l’art soit, il faut que l’idée de la chose soit donnée par autre chose.
D’où ce paradoxe : un art n’est complet que s’il est partiel. »


Textes issus de « Paroles sur le mime » Etienne Decroux, éd.Gallimard 1962.